INVENTAIRE PRÉLIMINAIRE DE
LA RECHERCHE EN IMMIGRATION AU CANADA
4.
L'économie
a. État des
connaissances
D'un point de vue
strictement technique, l'étude rapporte peu de recherche
sur l'économie et l'immigration, l'immigration pouvant
se subsumer sous la rubrique générale du travail, comme
facteur de production. Si l'on adopte une perspective
plus large, on peut trouver quelque 200 articles. Le
seul domaine où il existe une recherche abondante ou
détaillée relativement aux sujets de la recherche
stratégique, est celui de la performance économique des
immigrants. De façon générale, ces derniers se tirent
bien d'affaire. Ils ne contribuent pas à une perte
financière nette du Trésor public à cause d'une une
forte utilisation des services sociaux. (À cet égard,
le Canada demeure quelque peu différent des
États-Unis.)
Cela dit, il n'existe
pas de documentation sur la performance économique des
enfants des immigrants. Dans la mesure où la
scolarisation des immigrants ou de leurs enfants nés au
Canada rehausse la productivité de la main-d'oeuvre,
c'est une question qu'on aurait intérêt à explorer. En
soi, la réussite scolaire des immigrants étudiants, ou
des enfants des immigrants particulièrement dans
les domaines de la science, de la technologie et du
commerce pourrait être perçue comme un facteur
contributif au développement du capital humain. Mais
cela ne semble pas faire partie de la littérature des
sciences économiques.
En général, on
constate que le revenu des immigrants finit par rattraper
celui des personnes nées au Canada. Toutefois, les
opinions des analystes divergent à savoir combien de
temps prend ce rattrapage et s'il touche tous les
groupes. La bonne nouvelle, c'est que l'on constate que
différents types d'immigrants comparables atteignent le
revenu de personnes comparables nées au Canada. Cela
signifie que la discrimination est sans doute minime dans
le domaine de la rémunération pour un travail
comparable. Selon l'étude, la discrimination raciale ne
semble pas diminuer les revenus non plus. Il se peut
cependant que la discrimination joue contre les
immigrants ou les minorités visibles en ce qui a trait
à la participation à la population active, au chômage
ou au choix de carrière.
La mauvaise nouvelle,
cest que selon certaines données, le ratio de la
richesse en capital humain des immigrants de fraîche
date comparativement aux personnes nées au Canada est
plus faible que celui des cohortes précédentes,
dune part parce que la richesse de la population
hôte a augmenté au fil des ans et dautre part
parce que la politique d'immigration du Canada est sans
doute moins sélective. On ne saurait dire si cela
facilite ou complique le rattrapage d'une personne
comparable née au Canada. Mais il n'en demeure pas moins
qu'avec un niveau de capital humain moindre, même le
rattrapage se traduira probablement par un rendement
inférieur pour la société canadienne en termes de
production et de productivité.
Aucune étude
économique citée ne s'intéresse à l'incidence de
l'immigration sur la population active urbaine.
Mais quelques rares analyses montrent qu'en général, la
main-d'oeuvre immigrante n'est pas un substitut pour la
main-d'oeuvre dorigine canadienne et qu'à long
terme, l'immigration n'influe pas sur le taux de
chômage. En outre, l'existence documentée de niches
pour les travailleurs immigrants peut être considérée
comme une preuve de complémentarité.
Les études de
limmigration et de lentrepreneuriat
consistent surtout en résumés descriptifs des
intentions des immigrants entrepreneurs. L'économie
technique ne considère pas l'entrepreneuriat comme un
facteur important de croissance économique ou de
création d'emplois. D'ailleurs, la littérature qui
existe n'a pas été rédigée par des économistes. Quoi
qu'il en soit, les données montrent que les immigrants
sont généralement surreprésentés en tant
qu'entrepreneurs (si lon écarte le programme
entrepreneur/investisseur). Parmi les explications
possibles, citons une «mobilité réduite» et des
«traditions culturelles transplantées». Deux études
seulement examinent l'incidence financière de
l'immigration, qui s'avère mineure, mais positive.
Dans de nombreux autres
domaines, la littérature économique est apparemment
«clairsemée». Il semble qu'il n'y ait pas de documents
d'économie technique consacrés aux effets de
l'immigration sur la concurrence, la structure
industrielle, le rapport capital-travail, la population
active urbaine, les salaires et les conditions de travail
locales, la technologie ou la diversité des biens de
consommation et les tendances d'investissement,
l'orientation nationale ou internationale d'une ville,
les exportations et les importations, le tourisme, la
demande d'espace public, l'infrastructure et la
nécessité d'investissements publics, le financement des
écoles privées et publiques et le réseautage sur le
marché du travail. Tous ces sujets figuraient sur la
liste originale du projet Metropolis. Toutefois, un grand
nombre d'entre eux font l'objet d'études dans d'autres
disciplines.
La littérature sur les
niches et les marchés du travail segmentés est plus
pessimiste au sujet du succès des immigrants que celle
qui compare la performance économique des immigrants et
des personnes nées au Canada. Autrement dit, ces niches
ou ces marchés du travail segmentés sont considérés
comme des ghettos d'emploi moins intéressants, en raison
de la discrimination ou de faibles niveaux de capital
humain.
En outre, selon un
argument économique théorique, le capital
d'investissement est mobile, de sorte qu'on n'a pas
besoin de l'immigration pour bénéficier de ses effets
positifs, comme dans le programme des investisseurs. S'il
existe des occasions d'investissement rentables au
Canada, elles seront découvertes par des capitaux locaux
ou internationaux. Par conséquent, le capital de
l'immigrant investisseur n'est pas un capital neuf. De
même, l'innovation et le changement technologique n'ont
pas besoin de l'immigration puisqu'ils peuvent être
obtenus grâce aux échanges commerciaux et à la
diffusion mondiale du savoir.
Néanmoins,
l'immigration dans son ensemble a sans doute une
incidence faible, mais positive, sur l'activité
économique au Canada.
b. Pistes de
recherche
Selon l'auteur de
l'étude, il est préférable de s'abstenir de faire des
recherches sur de nombreuses lacunes du la discipline.
Parmi celles qui méritent quon sy arrête,
citons :
a. l'incidence de
l'immigration sur le commerce. Malgré tout, on ne
considère pas qu'il serait utile d'appliquer une grille
strictement urbaine à des questions de politique
économique et de commerce.
b. la performance
économique des enfants des immigrants. Cela pourrait
exiger la constitution de nouvelles sources de données
ou des questions dans le recensement sur le lieu de
naissance des parents.
c. le problème de
l'accréditation des immigrants.
d. la question de
savoir si le capital humain des immigrants permet
effectivement des économies de dépenses d'enseignement
et, chose plus importante encore, si les effets
économiques positifs de l'immigration se répercutent
sur la population dorigine canadienne. C'est
une question qui a été négligée étant donné que la
recherche traditionnelle se borne à comparer la
performance économique des immigrants et des personnes
nées au Canada.
e. le manque
d'homogénéité entre la recherche sur la performance
économique des immigrants, qui fait ressortir des
avantages, et la recherche sur les niches et les marchés
du travail segmentés, qui fait ressortir des
désavantages.
f. la substituabilité
et la complémentarité des immigrants avec la
main-doeuvre dorigine canadienne.
g. la mobilité
géographique et professionnelle des immigrants.
h. l'incidence de
l'immigration sur le rapport de dépendance et les
paiements de transfert, sur l'équilibre fiscal net et
sur les marchés de l'habitation, la ville servant
dunité d'analyse.
Il semble qu'il n'y
existe pas non plus de littérature économique
pertinente sur l'immigration et la mondialisation. Il
n'est pas précisé si cela engloberait des documents sur
la migration et l'économie internationale (p. ex.
le développement économique comparatif) où le Canada
serait mentionné.
En outre, il est
recommandé de ne pas faire d'étude des réseaux
économiques d'immigrants en raison de l'absence d'une
structure de soutien des travaux théoriques et
empiriques. Cela est peut-être valable pour l'économie,
mais il y a en sociologie une documentation abondante
signalant l'importance de réseaux informels avec les
communautés immigrantes/ethniques dans de nombreuses
sphères de l'activité économique.
Lauteur identifie
un thème de recherche fondamental, mentionné ci-dessus,
que la littérature économique passe complètement sous
silence. Il s'agit de l'incidence de la performance
économique des immigrants sur celle des Canadiens
d'origine. Cette carence peut s'expliquer par le manque
de microdonnées qui se prêtent à de telles
comparaisons, ainsi que par un programme politique mû
par un souci d'équité pour les immigrants.
La littérature
économique recensée n'a pas pris en compte les études
des répercussions possibles de la politique d'équité
en matière d'emploi, qu'on sera plus susceptible de
trouver dans la documentation sur la politique
gouvernementale.
Outre les sujets
mentionnés dans la liste ci-dessus, la relation entre
l'immigration et le capital humain est aussi susceptible
d'intéresser certains économistes du travail. La
sous-valorisation possible des diplômes académiques et
de l'expérience professionnelle des immigrants exige
aussi des travaux supplémentaires. Mentionnons un autre
sujet d'intérêt : l'étude des concentrations
académiques et de la spécialisation professionnelle des
immigrants et de la deuxième génération,
particulièrement en science et en technologie. Les
immigrants et leurs enfants sont généralement
surreprésentés dans ces domaines. En outre, les études
sur les coûts-avantages de l'immigration pourraient
prendre en compte les ressources économisées grâce à
la venue d'un immigrant adulte déjà formé.
Au cours de la période
d'après-guerre, on a souvent essayé de combler des
pénuries dans certaines professions précises grâce à
une immigration ciblée et à des efforts de recrutement.
Il serait peut-être utile d'examiner ou d'évaluer ces
efforts.
c. Questions
méthodologiques
Peu de documents
d'économie technique abordent la question de
l'immigration, et partant, celle de l'intégration des
immigrants. D'autres perspectives comme l'économie
politique, de même que des études «non techniques»
d'activités «économiques», menées par des
sociologues (p. ex. études qualitatives, travaux
pratiques ou ethnographies d'entreprises ou d'enclaves
d'immigrants ou d'ethnies) pourraient sans doute jeter
quelque lumière sur l'économie de l'immigration. Cela
va au-delà du champ traditionnel de la recherche
économique. La littérature officielle est
habituellement caractérisée par des modèles de
régression multidimensionnelle et d'autres techniques
économétriques quantitatives avancées. De telles
approches se prêtent sans doute mal à l'étude de
questions comme la structure et le fonctionnement des
nouvelles entreprises créées par des immigrants
entrepreneurs.
En général, les
études des coûts et avantages économiques de
l'immigration utilisent des données nationales, et il
reste à voir si l'on pourra établir des paradigmes et
constituer des sources de données qui permettraient
d'effectuer des analyses comparables au niveau des
villes. Cela n'a pas encore été fait. Il existe un
volet de l'économie voué à l'économie urbaine, et il
serait sans doute valable de soulever la question de
l'immigration et des marchés du travail dans le contexte
de cette sous-discipline.
En économie comme dans
d'autres disciplines, la littérature ne tient pas compte
dans son analyse des différentes catégories
d'immigrants (famille, indépendant ou réfugié) comme
variable explicative de la performance économique.
L'étude de
léconomie n'aborde pas la question de l'économie
souterraine. Par définition, les sources de données
conventionnelles sont inadéquates pour cerner
l'économie souterraine et, par conséquent, de nouvelles
méthodes sont nécessaires pour étudier ce sujet. Mais
il va de soi que cette question est digne d'intérêt,
particulièrement s'il s'avère que la participation des
immigrants à cette économie suit un modèle unique.
Dans la mesure où certains immigrants (grands-parents ou
aînés de la famille) effectuent gratuitement du
gardiennage ou travaillent sans rémunération dans la
petite entreprise familiale, on peut s'attendre à ce que
la contribution économique des immigrants soit
sous-estimée dans la plupart des modèles
économétriques.
Les envois d'argent
dans le pays d'origine peuvent aussi avoir une incidence
sur les niveaux d'investissement et la demande des
consommateurs.
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